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21 mai 2008

LA TERRE EN HÉRITAGE : QUEL AVENIR POUR NOS ENFANTS ?

1786433179.jpgLa Terre , enjeu principal des années à venir pour le développement de l'espèce humaine. La Terre , terrain de jeu, la Terre champ de bataille, la Terre défouloir... et la Terre , terre d'espoir. C'est bien dans cette optique d'espoir que le club réponse a décidé d'organiser cette grande conférence autour de cette question, plus que jamais d'actualité, devenue priorité nationale avec le Grenelle de l'environnement : quelle planète pour nos enfants ? Le 6 décembre dernier, à Tours, le professeur Jean-Marie Pelt a tenté d'apporter aux nombreux praticiens présents dans l'assemblée plus qu'une réponse, une réflexion collective et responsable sur l'avenir que nous voulons pour les futures générations.


Si la question du devenir de la planète et des générations futures se pose, c'est parce que les manifestations alarmantes se font ressentir chaque année un peu plus. Du réchauffement climatique à la pollution, en passant par la contamination de la nourriture, la Terre est mise à rude épreuve… et l'homme aussi. Le professeur Jean-Marie Pelt tire la sonnette d'alarme ; pour autant, l'heure n'est pas au mea culpa, mais à l'action et à la réflexion collectives. Comment renverser cette tendance inquiétante? Et surtout, l'homme peut-il inverser cette tendance ? L'activité humaine est-elle la seule source de tous ces maux ? N'entrons-nous pas tout simplement dans une nouvelle ère, dans un nouveau cycle, comme il y en eu régulièrement durant ces milliards d'années ?

L’Optimum médiéval avait fait suffoquer la France

Certes, tout le monde garde en mémoire la tempête de 1999, qui avait coûté la vie à 90 personnes en France et dévasté plus de 500.000 hectares de forêt. Mais des évènements inattendus et particulièrement violents, il y en eu d'autres par le passé. Ce fut le cas entre l'an 900 et 1300. "L'optimum médiéval" avait déjà fait suffoquer la France. Personne ne parlait alors de pollution ni de gaz à effet de serre.
Cependant, si les scientifiques sont inquiets aujourd'hui, c'est parce que l'intensité du phénomène climatique en cours semble sans précédent. Il ne s'agirait pas de quelques dixièmes de degrés supplémentaires, comme ce fut le cas durant "l'optimum médiéval". La Terre , qui s'est déjà réchauffée de 0,80 degrés au cours du 20e siècle, pourrait voir le mercure monter de 2 à 6 degrés supplémentaires d'ici 2100, ce qui est considérable. A l'échelle planétaire, le réchauffement climatique risque d'être à l'origine de sécheresses et de famines. Premières victimes de ces profonds changements, les pays pauvres. Une sécheresse de plus en plus intense qui raréfie les nappes d'eau et donc l'accès à l'eau potable, vitale pour les populations. L'inégalité face aux changements climatiques, source des conflits d'aujourd'hui et de demain ; la guerre de l'eau, la guerre du territoire, avec la raréfaction des terres, submergées par les mers qui gonflent au gré de la fonte des glaces. Une population humaine de plus en plus nombreuse pour moins d'eau potable et moins d'espace vital. Autant de pronostics inquiétants pour le siècle à venir.
Mais le réchauffement climatique n'est pas seul en cause. Le pillage des ressources naturelles pourrait également avoir des conséquences sur l'environnement : pénurie de pétrole et flambée des prix, crises économiques et conflits, maladies liées aux pollutions....
Le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec) explique dans son dernier rapport que l'ordre du monde pourrait même être bouleversé d'ici sept ans. La vitesse de la fonte des glaces de l'Arctique, entre autres, laisse craindre une mutation particulièrement rapide des conditions climatiques. C'est pour cette raison que le professeur Pelt se pose légitimement la question de la responsabilité de l'homme dans le réchauffement de la planète et les différentes mutations de l'environnement.


« Si l'homme est acteur en mal, il peut l'être en bien »


Vraisemblablement, l'homme n'est pas le seul responsable, mais pour Jean-Marie Pelt, ces changements brutaux engagent les citoyens à prendre des mesures draconiennes rapidement. « Si l'homme est acteur en mal, il peut l'être en bien » et contribuer tout au moins à ralentir ce phénomène de réchauffement climatique. C'est sur cette hypothèse que se fonde la "politique écolo" pour justifier le combat quotidien contre la gaspille et la pollution. D'ici dix ou vingt ans, si l'on en croit les experts, peut-être sera-t-il trop tard pour enrayer le réchauffement climatique ou du moins s'y adapter sans trop d'à-coups. Pour cela, le professeur Pelt pose le principe d'une responsabilité commune et insiste sur la nécessité d'une action collective positive, pour tenter de compenser le comportement individualiste des hommes du 20e, qui ont joui des ressources de la Terre sans compter, en en usant toujours plus et en produisant sans retenue tous ces gaz à effets de serre « que l'on suspecte d'être en partie responsable du réchauffement de la planète ».
Un individualisme qui tend malgré tout à s'effacer progressivement, face à l'urgence de la situation. « Pour la première fois, on pense aux générations futures, s'enthousiasme le professeur Pelt. » Le Grenelle de l'environnement et le protocole de Kyoto illustrent cette prise de conscience. Les énergies renouvelables, qui alimentent le débat public, représentent une source d'espoir et une réponse partielle à la question du réchauffement climatique. Jean-Marie Pelt salue d'ailleurs l'action de la chancelière allemande : « Madame Merkel a pris cette décision incroyable de passer de 20 à 30 % d'électricité venant d'énergies renouvelables en 2020. On ne cesse de nous rabâcher que les énergies renouvelables ne représentent que 2 % de l’énergie et que ça ne pèse pas. Nous avons ici la preuve du contraire. » Un espoir pour Jean-Marie Pelt qui se veut pragmatique : « Si on réduit la production de gaz à effet de serre, on va réduire la consommation des combustibles fossiles, donc on va faire des économies; faire des économies et faire de l'écologie, deux notions qui ne font pas forcément mauvais ménage. »

 

« Si l'abeille venait à disparaître, l'homme n'aurait plus que 5 ans à vivre » A. Einstein

Se comporter en "écolo", une attitude qui ne doit pas être considérée comme une tare. Pour le professeur Pelt, avoir l'esprit vert, c'est être conscient du rôle que la nature joue pour l'homme. Etre à l'écoute de la nature pour mieux anticiper le sort de l'espèce humaine ; la faune est bien souvent le premier indicateur des mutations de ce monde. Albert Einstein disait que « si l'abeille venait à disparaître de la surface du globe, l'homme n'aurait plus que 5 années à vivre ». Hors de récentes études tendent à démontrer que les abeilles se portaient mal l'hiver dernier. En cause, la disparition de certaines espèces de fleurs qui a contraint les abeilles à se rabattre vers les champs de maïs, beaucoup moins nourrissants et chargés de pesticides. A défaut d'annoncer la fin de l'humanité, la disparition des abeilles auraient néanmoins des conséquences catastrophiques, à commencer par la disparition des fruits, par l'absence de pollinisation, privant ainsi l'homme d'un aliment précieux, particulièrement protecteur contre le cancer et toutes les maladies dégénératives.
En plus de participer au réchauffement climatique, l'homme détruit donc la faune et la flore, mais aussi le microcosme qu'est son corps et cela toujours au nom du sacro-saint principe du « produire toujours plus ». Dans un siècle, « la nature sera une sorte de réservoir que l'on aura vidé de ses ressources. Elle devient un dépotoir que nous remplissons de déchets », déplore le professeur. En ce sens, la responsabilité de l’homme dans la dégradation de l'environnement, donc de la planète, est incontestable. Jean-Marie Pelt se pose alors la question : « Y a-t-il un lien entre le bonheur et le progrès ? » 
La réponse se trouve en partie dans la publication des chiffres sur le cancer. En 2005, pour la première fois en France, il y a eu plus de morts par cancer que par maladies cardio-vasculaires, soit 155 000 morts. Sachant que 25 000 personnes meurent d'un cancer du poumon, entre autres à cause du tabac, il faut chercher ailleurs les causes des 130 000 décès par cancers restants. Certes, la population vieillit, donc les cancers sont plus menaçants au fil de l'âge. Cependant, de plus en plus de gens meurent jeunes du cancer.

Les pesticides féminisent la nature


Quelque 100 000 molécules, mises sur le marché sans être testées au préalable quant à leur impact sur la santé, sont aujourd'hui suspectées d'être responsables de cette augmentation du taux de cancer en France. Certaines d'entre elles sont même répertoriées comme étant notoirement cancérigènes, parmi lesquelles les pesticides. Des pesticides dont les conséquences néfastes seraient multiples. Ces molécules miment les effets des hormones femelles, donc féminisent la nature. Dans les lacs et les rivières fortement exposés à la pollution et aux pesticides, les poissons se reproduisent de moins en moins. Le problème est identique dans les airs, pour les oiseaux qui se nourrissent des graines traitées dans les champs. L'homme non plus n'est pas épargné. Une étude menée au Danemark en 1992 montre que le sperme des Danois contient 50% de spermatozoïdes en moins que celui de leurs grands-parents. Par ailleurs, le cancer du testicule augmente au fil du temps et chaque année, la stérilité progresse de 1%. « Aujourd’hui, mieux vaut naître fille que garçon, souligne avec humour le professeur Pelt. » Pour remédier en partie à cela, il faudrait tout simplement réduire sérieusement l'utilisation de pesticides. Facile à dire, difficile à faire entrer dans les mentalités... et surtout dans la logique économique.

 

« Le développement durable, c’est léguer aux générations futures une terre respirable »

Tant que la compétition durera, la lutte contre la pollution, quelle qu'elle soit, sera difficile. Mais si l'on part du principe que l'homme n'est en réalité que le reflet de la nature, alors tout est possible. Car dans la nature, il y a aussi de la compétition pour vivre ou survivre. Mais il y a aussi de la coopération. La forêt en est le plus bel exemple. Dans le sol, sur les racines des arbres, les petits filaments microscopiques de champignons, anastomoses, permettent aux géants des bois de se nourrir. Ils vont chercher l'ion phosphate que les racines des arbres ne savent pas puiser dans le sol ; du phosphate dont l'arbre à besoin pour fabriquer son ADN. Sans les anastomoses, il n'y aurait pas d'arbre. Mais ce champignon microscopique, qui vit dans l'obscurité et qui n'a pas de chlorophylle, ne sait pas se nourrir, donc ne sait pas fabriquer de la matière vivante. L'arbre lui envoie alors par la racine les substances qu'il synthétise dans ses feuilles. Ainsi, dans une parfaite complémentarité, le champignon nourrit l'arbre en éléments minéraux et l'arbre nourrit le champignon en éléments organiques. Mais les anastomoses mettent également en contact des racines d'arbres différents. De fait, le petit arbre, privé de lumière par son puissant voisin et donc a priori condamné à une mort certaine, va se servir des champignons microscopiques pour puiser une partie de la nourriture du grand arbre envahissant. « C'est le même principe que les restos du cœur », s'amuse Jean-Maire Pelt. Une solidarité naturelle qui s'impose aussi à l'homme et qui a permis de donner naissance au concept de développement durable. "Le développement durable, explique le professeur, c'est léguer aux générations futures une terre avec des ressources et une terre sur laquelle on pourra respirer et trouver de l'eau potable. » Hors, ce développement ne restera qu'un mythe si l'homme continue de polluer et si la Terre poursuit son réchauffement climatique. Polluer moins et préserver l'énergie, c'est l'objectif du protocole de Kyoto. Se nourrir en toute sécurité, sans se condamner, c'est une des priorités annoncées du Grenelle de l'environnement.
La seule question qui reste en suspend : l'homme sera-t-il prêt à temps ?

Yoann GILLET

Commentaires

Il est vrai que l' Avenir du Monde, Notre Avenir, aussi bien du point de vu écologique qu'économique, est au coeur de toutes les inquiétudes.
Mais les petits ruisseaux font les grandes rivières alors.... Espérons et Agissons chacun à notre (modeste) niveau.

Bise

Audrey

Ecrit par : Audrey | 22 mai 2008

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