08 juin 2008

Et si la France redécouvrait sa jeunesse ?

C'est comme si tout à coup, la France redécouvrait sa jeunesse ! Il aura fallu Jean Sarkozy pour que la société puisse enfin réaliser que ce qu'elle appelle communément "les jeunes" ne se résume pas à une entité parfaitement identitifiée, répondant à des critères pré-définis qui dépassent la simple caractéristique de l'âge. "Les jeunes" fument du chichon, "les jeunes" roulent en scooter, "les jeunes" font la teuf sans arrêt, "les jeunes" boivent à outrance. "Les jeunes" s'amusent et draguent les filles... mais "les jeunes" ne font surtout pas de politique ! Pas plus que du journalisme d'ailleurs !
Les Français auraient-ils admis cette idée que la jeunesse n'était plus bonne à rien ? Les Français auraient-ils oublié qu'il y a 2 générations de cela, le jeune travaillait au même âge dans les champs, dans les usines, ou à la sauvette pour gagner trois francs six sous ? Les Français n'auraient-ils toujours pas compris qu'il y a plusieurs jeunesses ? Richard Bohringer déclarait il y a près de trois ans, sur France 5, dans l'émission de Paul Amar "D'un monde à l'autre" : "J'ai l'impression qu'aujourd'hui, on n'aime plus sa jeunesse. Avant, on s'émerveillait d'elle, maintenant, on s'en méfie. Parce que ça fait du bruit la jeunesse !"
Jean Sarkozy n'est sans doute pas le Moïse de la jeune génération ! Mais s'il ne marche par sur l'eau, il marche au moins sur les préjugés et les a priori. Sans être le représentant "des jeunes", ce qui n'aurait d'ailleurs pas grand sens, il en est tout au moins le témoin, à travers les caméras et les interviews. Il en est le témoin, car lorsqu'il se présente devant les journalistes, ces derniers ne voient pas tant Jean Sarkozy, le fils du président, que Jean le post-adolescent. Comme un reproche, dans un mélange de fascination et d'incompréhension, d'étonnement et de dénigrement ! Christophe Hondelatte en reste coi ! "Vous avez déjà fumé ? Êtes-vous pour ou contre le cannabis ?" Voilà la question essentielle qui s'impose au jeune interlocuteur. Le manque de crèches dans le département , à quoi bon aborder ce sujet avec "ce jeune" à peine sorti du jupon de sa mère. Les problèmes d'aménagement du territoire et de voirie ? Mais qu'est-ce qu'il y connait, "ce jeune" ! Non, un jeune, ce n'est pas fait pour penser !
Alors quoi que l'on pense de Jean Sarkozy, quoi que l'on pense de son nom, de son âge, de ses origines, de son style, de ses orientations politiques, il prouve aujourd'hui à la société toute entière par la qualité de ses prestations télévisées, qu'un jeune, après tout, c'est capable de penser, c'est capable de travailler, c'est capable de rêver, c'est capable de s'exprimer... c'est capable d'EXISTER !
Yoann GILLET

23 février 2007

L'objectivité via la censure

medium_Duhamel.2.jpgAlain Duhamel vote François Bayrou ! Et si je vous dis "catastrophe", que me répondez-vous ? Oui, on est bien d'accord, vous répondez "du calme!". Au nom d'un prétendu respect de l'objectivité dans un soucis de confiance avec les auditeurs d'RTL et les téléspectateurs de France 2, Alain Duhamel, journaliste politique, figure des médias depuis tant d'années, lui qui a collaboré aux émissions politiques les plus prestigieuses, de "Cartes sur tables" avec Jean-Pierre Elkabbach, à "A vous de juger" aux côtés d'Arlette Chabot, en passant par "100 minutes pour convaincre" présenté par Olivier Mazerolle, l'homme référence de l'analyse de la res publica est aujourd'hui suspendu pour avoir annoncé furtivement lors d'une conférence à science Po son choix pour les présidentielles de 2007.

La direction de France 2 estime qu' Alain Duhamel n'est plus crédible, à cause de ses aveux, pour interroger les candidats au nom de l'objectivité. Quand allons-nous cesser de prendre les téléspectateurs et les auditeurs pour des imbéciles ? Qui peut penser qu'Alain Duhamel est devenu moins impartial depuis que, dans un cercle quasi-privé, il a dévoilé son vote pour 2007 ? N'avait-il donc aucune conscience politique avant et a-t-il dû attendre de passer par le verbe pour avoir tout à coup LA révélation, l'inspiration divine ? Allons-nous bientôt comprendre que le journaliste a lui aussi une conscience citoyenne, qu'il est, au même titre que n'importe quel Français, un électeur, avec des idées, voire des idéaux, et que faire part de son vote ne remet aucunement en cause sa capacité à interroger un politique? Et si Monsieur Duhamel avait dû manquer d'objectivité, croyez vous qu'il aurait attendu d'annoncer son vote pour donner un caractère partial à ses interviews? Je crois qu'au contraire il est moins dangereux de connaître les intentions de vote des uns et des autres, car ainsi personne n'est dupé.

Arrêtons avec cette censure de l'esprit ! Suspendre un journaliste pour ses idées politiques ou pour sa relation affective avec une personnalité politique, c'est remettre directement en question son professionnalisme ! Auquel cas, nous sommes tous de mauvais journalistes, puisque nombreux sont ceux qui connaissent nos choix politiques !

A titre personnel, qu'il s'agisse de Ségolène Royal, de Nicolas Sarkozy, de François Bayrou, de Marie-Georges Buffet, de José Bové et j'en passe, j'ai toujours fait preuve d'impartialité en essayant de mettre l'accent sur les contradictions et sur les incohérences des candidats lors de mes interviews et pourtant, mon choix pour les présidentielles est quasiment définitif. Alors s'il vous plaît, acceptons de reconnaître le droit à la citoyenneté du journaliste, acceptons son professionnalisme, son impartialité et sanctionnons uniquement le jour où une faute est commise à l'occasion d'une interview, mais pas avant ! Arrêtons la "suspension préventive" !

A bon entendeur...

Yoann GILLET